22.072014
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L’addiction sexuelle

Quand peut-on parler d’addiction sexuelle ?

Le terme apparaît en 1983 dans le livre de Patrick Carnes[1]. Quatre facteurs seront pris en compte lors de l’évocation de ce terme :

-          la présence d’une obsession,

-          le rituel (mise en place d’une organisation autour de la pulsion),

-          le comportement compulsif/répétitif,

-          le désespoir

En thérapie, on ne travaillera pas nécessairement sur l’aspect quantitatif de l’addiction (EX : combien de fois par semaine ?) mais plutôt sur l’état dépressif que cette dernière peut engendrer, juste après l’acte et/ou en l’absence de cet acte.

Pour commencer, faisons la distinction entre l’addiction et la dépendance : Addiction : état de dépendance vis-à-vis d’une drogue[2]. Dépendance : Assujettissement à une drogue, à une substance toxicomanogène, se manifestant lors de la suppression de cette dernière par un ensemble de troubles physiques et/ou psychiques[3].

Le phénomène de l’addiction sexuelle est étudié depuis une quarantaine d’années. C’est encore très récent pour nous, sexologues. Il n’est donc pas facile de pouvoir quantifier ce comportement. Malgré tout, certaines études parleraient de 5% de la population sujette à l’addiction sexuelle.

Dans Le dictionnaire des addictions[4] de Laurent Karila, la définition apportée est : « l’addiction sexuelle est définie comme « une addiction comportementale » dont il existe différentes représentations cliniques comme la masturbation compulsive, la drague compulsive, la consultation compulsive de sites internet classés X, de journaux ou de services téléphoniques à caractère pornographique, de sex-shops, de peep-shows, de bars lap-dance et l’hypersexualisation ».

Poudat, dans le Manuel de sexologie[5], va faire la distinction entre l’addiction paraphilique et l’addiction de certains comportements sexuels. Dans ce cadre, les comportements sexuels vont être socialement acceptés contrairement aux paraphilies (travestisme, frotteurisme, exhibitionnisme,…). Par exemple, on parlera de masturbation compulsive, de consultation de sites pornographiques,… Pour Poudat (qui rejoint l’idée de Karila), si la dépendance est généralement liée à une substance étrangère (entre l’humain et l’objet), il peut être de même avec les dépendances comportementales (entre l’humain et un comportement).

Voici deux exemples sur l’addiction des comportements sexuels :

-          La masturbation compulsive. Il s’agit d’une pratique qui peut gêner dans la vie quotidienne. Elle pourra aussi provoquer des dysfonctions sexuelles dans la cadre de relation avec son/sa partenaire. Le comportement est souvent associé avec la consultation d’images pornographiques. Depuis l’invention d’internet, cette pratique sera de plus en plus traitée en consultation sexologique.

-          « La dépendance fusionnelle au conjoint. La personne ne peut exister sans la présence de l’autre : toute séparation est vécue comme un manque avec crise anxieuse, accès dépressif, addictions de compensation…elle est parfois prête à tout pour garder l’autre, même au prix d’un irrespect de soi. » [6]

Généralement, l’addiction va rester secrète. Le désespoir et la culpabilité vont se vivre dans la solitude. Au moment du passage à l’acte, la personne ressentira une sensation de bien-être et de plaisir qui ne seront qu’éphémères (certains vont comparer cela au « shoot » dans le cadre d’une consommation de stupéfiants). Sera suivi par l’envie irrépressible d’assouvir de nouveau le besoin et d’aller encore plus loin dans la pratique. On pourra, dès lors, observer des comportements analogues à une personne dépendante et en manque. Les mécanismes vont être similaires à d’autres addictions comme l’alcool, la drogue, le jeu, la nourriture…

La personne « addict » mettra au point un scénario qui va la rassurer sur ses comportements et lui donner l’illusion d’être dans une certaine normalité. Elle éprouvera des difficultés à se remettre en question, fera preuve de mauvaise foi et accusera, parfois, ses proches d’être responsable de la situation. La personne risque une perte de contact au point de s’enfermer totalement dans son addiction. Ses relations affectives en seront fortement touchées au point de rencontrer des difficultés à mener à bien une relation de couple épanouissante.

Dans ce contexte, la place du thérapeute sera, entre autre, d’apporter une oreille attentive mais aussi d’aider la personne à comprendre ce qu’il se passe lors de ces passages à l’acte, expliquer pourquoi ce comportement sera nommé addiction, souligner la souffrance et le handicap rencontré dans la vie quotidienne, insister sur les moments ou le problème intervient et/ou n’intervient pas, travailler sur les croyances de la personne,.. On va amener l’individu à s’individualiser mais aussi diminuer son angoisse de l’inconnu et l’aider à aller de l’avant.

La réussite de la thérapie ne sera complète que si la volonté et la motivation au changement du patient seront présentes lors de la première rencontre.



[1] OLIVIENNES F., BRAMLY S., Tout ce que les femmes ont toujours voulu savoir sur le sexe…et enfin osé demander, Le Livres de Poche, Fayard, 2012

[2] LeLarousse.fr

[3] LeLarousse.fr

[4] KARILA L., le dictionnaire des addictions, Phase 5, 2007

[5] LOPEZ, POUDAT, Manuel de sexologie, Masson, 2007

[6] MIMOUN, Petit Larousse de la sexualité, Larousse, 2007

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